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La télévision publique française lance la troisième Intifada

par Emmanuel Navon le 7 octobre 2011

Par
Thème : Proche-Orient

Adresse : http://navonsblog.blogspot.com/2011/10/frances-state-television-is-launching.html

Titre original : France’s state television is launching the third Intifada

Date de première publication : jeudi 6 octobre 2011

Traduction : Danielle Sarano

En attendant le discours de Mahmoud Abbas l'Assemblée Générale des Nations Unies le 23 septembre 2011, il planait un certain mystère sur sa demande de reconnaissance comme Etat palestinien membre des Nations Unies. Abbas n'avait pas proclamé un Etat avant de formuler sa demande aux Nations Unies. Comment un Etat qui n'existe pas pouvait-il postuler au statut de Membre? Abbas a donné une réponse à cette question : l'Etat Palestinien postulant était celui qui avait été proclamé par Arafat à Alger le 15 novembre 1988.

La proclamation de "l'Etat de Palestine" à Alger ne spécifiait pas ses frontières; il ne mentionnait pas les anciennes lignes d'armistice entre Israël et la Jordanie (souvent appelées aujourd'hui à tort "frontières de 1967") en tant que frontières du nouvel Etat. Cette fois la proclamation évoquait un "Etat palestinien sur notre territoire palestinien avec Jérusalem pour capitale". La référence de la proclamation au Plan de partage de 1947 pouvait être interprétée comme une acceptation de facto des lignes de séparation (discutables) évoquées dans ce plan en tant que frontières de l'Etat Palestinien. Conscient de cette ambigüité, le conseiller d'Arafat, Salah Khalaf, déclarait en fin de session, dans son discours-programme du 14 novembre 1988, que "au début (l'Etat palestinien) serait petit...et que par la volonté de Dieu, il s'étendrait à l’est, à l’ouest, au nord et au sud....Je suis pour la libération de la Palestine, mais par paliers."

Le jour même où Abbas prononça son discours à l'ONU, le 23 septembre, l’un de ses conseillers, membre du Comité Central du Fatah, Abbas Zaki, déclarait sur Al-Jazzera que "l’objectif le plus important ne peut pas être atteint d'un seul coup... Si Israël se retire de Jérusalem, évacue les 650 000 colons et démantèle le mur, qu’adviendra-t-il d'Israël? Ce sera la fin pour lui. Si nous disions que nous voulions rayer Israël de la carte, ce serait considéré comme inacceptable. Ne dites pas de telles choses à la face du monde. Gardez-les pour vous". Malheureusement pour Abbas Zaki, il est difficile de garder quelque chose pour soi à l'époque d'Internet, particulièrement quand on a exprimé ses intentions véritables à la télévision.

Dans son discours devant l'Assemblée Générale, Mahmoud Abbas a déclaré : "L'objectif du peuple Palestinien est la réalisation de ses droits inaliénables dans une Etat de Palestine indépendant, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur toute la terre de la rive occidentale du Jourdain, y compris Jérusalem-Est et la Bande de Gaza" De ce fait, les frontières de l'Etat Palestinien décrites par Abbas incluent "seulement" la Cisjordanie, Jérusalem, et Gaza. Mais l'Etat palestinien qu'il imagine sera créé aux cotés d'un Etat Juif qui aura cessé d'être juif du fait de la mise en œuvre du "droit au retour".

Aussi, comme Abbas le dit dans son discours, il doit y avoir une "solution juste et acceptable pour les refugiés palestiniens en accord avec la résolution 194" et "le temps est venu d’en finir avec la souffrance et le drame de millions de réfugiés palestiniens de l’intérieur et de la diaspora, d’en finir avec leur errance et qu'ils retrouvent leurs droits. " Les réfugiés "de l’intérieur" sont des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et à Gaza, et ce que Abbas veut dire en parlant de la fin de "leur souffrance et de leur drame", c'est que leurs descendants doivent devenir les citoyens de l'Israël d'avant 1967... Les Palestiniens interprètent faussement la résolution 194 de l'Assemblée Générale comme leur donnant un "droit au retour" en Israël. Abbas s’est référé explicitement à cette résolution. Ainsi la "solution à deux Etats" signifie deux Etats arabes : un Etat palestinien "Judenrein", et un Etat d'Israël à dominance arabe. "Pas à pas" comme l'avait dit Khalaf. Et "gardez-le pour vous" selon le conseil de Zaki.

Durant la semaine des discours à l'ONU, je parlais presque quotidiennement sur les radios et les TV.L'un de mes débats radiophoniques se déroulait sur France-Culture, une radio intellectuelle française. Pendant le débat, je fis la remarque évidente que la définition du "droit au retour" des Palestiniens est incompatible avec la solution des deux Etats... Comme mes contradicteurs ne pouvaient pas réfuter cette conclusion, Houda Al Iman, professeur de Relations internationales à l'Université Al-Qods, me rassura : ne vous en faites pas, me dit-elle, le "droit au retour" sera mis en œuvre progressivement et pas d'un seul coup.

Quand j'évoquais la situation dramatique des 900.000 réfugiés juifs expulsés des pays arabes et musulmans après l'indépendance d'Israël, un autre commentateur, Anwar Abu Eisheh, professeur de droit à l'université Al-Qods, avança une réponse intéressante. En 1974 dit-il, l'OLP "a décidé" que les réfugiés juifs des pays arabes et musulmans seraient autorisés à rentrer dans leurs pays d'origine, ce qui signifie que les Israéliens d'origine orientale (et leur progéniture) s'installeraient en Iran, en Irak, en Egypte, en Syrie et en Libye. Abu Eisheh au moins, est un homme poli comparé à Mahmoud Labadi, le porte-parole de l'OLP qui m'avait hurlé au cours d'un débat sur la Voix de l'Amérique : "retourne donc au Maroc !"

Il faut dire à leur crédit que mes co-débatteurs ont été honnêtes : ils ont admis que leur but est de réduire Israël à néant progressivement, par la démographie (les Juifs "retournent" dans les pays arabes, et les Arabes "retournent" en Israël). Mahmoud Abbas, par contre, ne pourrait pas être aussi sincère sur ses véritables intentions sans être écarté par les dirigeants occidentaux (souvenons-nous : "il ne faut pas dire ces choses à la face du monde"). Pour réaliser son objectif final et gagner en légitimité dans le monde libre, Abbas vend un "narratif" qui présente les Palestiniens comme des victimes sans espoir, dont la seule aspiration est d'obtenir justice par des moyens pacifiques. Et, en vérité, le discours d’Abbas à l'ONU fut un monument d'hypocrisie.

L'hypocrisie était présente dès le début du discours, quand Abbas a félicité le Sud-Soudan pour sa récente indépendance. Deux mois plut tôt, il avait envoyé une lettre au président soudanais Omar Hassan Al Bashir (un homme accusé de génocide et de crimes contre l'humanité par la Cour Pénale Internationale) pour lui exprimer son opposition à l'indépendance du Sud-Soudan. Les média d’Etat de Abbas décrivaient l'indépendance du Sud-Soudan comme un complot israélien pour affaiblir le monde arabe.

Abbas a dit que les négociations avec Israël "avaient capoté" sans mentionner le fait qu'il avait refusé de négocier avec lui en dépit des dix mois de gel des implantations qu'il avait exigé comme condition préalable aux négociations. Abbas a affirmé que "la puissance occupante continue de faire des fouilles qui menacent nos Lieux saints", mais la vérité est qu'Israël est le seul pays du Moyen-Orient qui préserve l'intégrité des Lieux saints des autres religions, alors que l'Autorité palestinienne vandalise les antiquités juives sur le Mont du temple depuis 1996 et qu’il a profané deux sites religieux juifs tombés sous son contrôle, le tombeau de Joseph à Naplouse et l'antique synagogue de Jéricho.

Abbas a mentionné le discours d'Arafat au Nations-Unies de 1974, affirmant que ce discours était consacré à "la poursuite de la paix". Ah oui. Voici ce qu'Arafat disait dans son discours: "le Sionisme est une idéologie impérialiste, colonialiste, raciste. Il est profondément réactionnaire et discriminatoire... L'Assemblée Générale avait partitionné une terre qu’elle n'avait aucun droit de diviser, une patrie indivisible " Il appelait à l'établissement d'un Etat palestinien, non pas à côté d'Israël mais à sa place.

Abbas a désigné l'OLP comme "l'unique et légitime représentant du peuple palestinien" quoique le Hamas ait gagné les élections de 2006 contre l'Autorité palestinienne et qu’il ait pris le contrôle total de Gaza. Abbas dit que les Palestiniens continueraient leur "résistance pacifique", une "résistance pacifique" prenant la forme d'attaques terroristes qui ont déjà fait des milliers de victimes israéliennes... Il dit que les Palestiniens ne sont "armés que de leurs rêves" sans mentionner les milliers de missiles de Gaza pointés sur Israël ni les armes lourdes qui ont été introduites illégalement en Cisjordanie depuis1995. Abbas a affirmé en gardant la tête haute, que sa décision d’obtenir unilatéralement la reconnaissance d'un Etat aux Nations unies sans un accord de paix avec Israël "était une confirmation que nous n'entreprenons pas une démarche unilatérale." Il affirma que la présence d'Israël sur une partie de la Cisjordanie est la "seule occupation au monde", alors qu’en réalité, il y a des dizaines d'occupations dans le monde, par exemple celle du Tibet par la Chine, celle de Chypre par la Turquie ou celle du Sahara occidental par le Maroc.

Si l’affaire défendue par Abbas était solide, il n'aurait pas eu recours à une si longue liste de falsifications. Sa capacité de convaincre sera déterminée par le nombre de gens qui tomberont dans le piège de ses mensonges. Comme son prédécesseur Yasser Arafat, Mahmoud Abbas peut compter sur un allié très fidèle : la chaîne de TV publique française France 2.

Le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé un épisode tragique qui était presque certainement une mise en scène et un truquage : le "meurtre" de Muhammad al Dura par "les Juifs". Les images, prises par le caméraman palestinien Talal Abu Ramah et diffusées de façon irresponsable par les soins du correspondant local de France 2, Charles Enderlin, devinrent le principal détonateur de la "deuxième Intifada". La violence se déchaîna à Gaza et en Cisjordanie au cri de "Vengeance pour le sang de Mohamed al Dura !".

Daniel Pearl fut décapité une photo de Mohamed al Dura en toile de fond, et une image de la scène fut introduite dans la plaie béante de son cou.

Onze ans après, France2 s'investit à nouveau dans la cause palestinienne en prenant part activement encore une fois à la propagande de Abbas. Le 3 octobre 2011, France 2 a diffusé un reportage spécial sur la "Palestine". En deux mots, cela se présente ainsi. Le Plan de partage de 1947 n'a pas fonctionné et les deux parties en sont responsables ; le gouvernement de l’Autorité Palestinienne de Cisjordanie a fait de cette terre une Suisse du Moyen-Orient. Quant à Gaza, tout ce que souhaite le Hamas est la paix, et si des missiles pleuvent sur Israël c'est toujours en réponse à des attaques et des agressions injustifiées d'Israël. Israël vole l'eau des Palestiniens et il ont transformé la verdoyante Vallée du Jourdain en un désert. Les "colons" juifs sont arrivés à Hébron pour la première fois en 1968 et depuis lors, ils terrorisent les Palestiniens sans espoir. La "résistance" palestinienne est toujours pacifique et dépourvue de mauvaises intentions ; l'unique raison pour laquelle Israël bénéficie encore de l'appui des Etats Unis est à rechercher dans l'argent de l’AIPAC, dans l'intimidation et le contrôle des hommes politiques et des médias. Les 7 millions de descendants des refugiés palestiniens depuis 1948 ne peuvent pas être intégrés dans les pays d'accueil (comme le Liban) et ils ont le droit de retourner en Israël.

Le scénario du reportage spécial de France 2 aurait pu être écrit par Mahmoud Abbas en personne. Ses effets ne seront probablement pas aussi dramatiques que ceux de la mise en scène de la mort d’Al Dura. Mais la troisième Intifada, une Intifada du mensonge et de la propagande, a été lancée, une fois encore, France 2 lui aura prêté main forte.

Emmanuel Navon